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Royaume-Uni : un pays sans carte d'identité qui vérifie tout le monde

Pas de carte d'identité, une identité numérique annoncée puis annulée, mais des contrôles imposés aux employeurs, bailleurs et dirigeants. Et une facture électronique obligatoire en 2029, deux ans après la France.

Le Royaume-Uni n'a pas de carte d'identité nationale. Il a tenté d'en créer une version numérique, et l'a abandonnée en 2026. Pourtant, un Britannique qui veut travailler, louer un logement ou diriger une société doit prouver son identité à son employeur, à son bailleur ou au registre des sociétés, et c'est souvent le passeport, copié ou scanné, qui circule. Le paradoxe britannique éclaire une question qui se pose aussi en France : que devient une pièce d'identité une fois qu'on l'a envoyée ?

Pourquoi le Royaume-Uni n'a-t-il pas de carte d'identité ?

Par tradition politique, et après deux expériences avortées : une carte instaurée pendant la Seconde Guerre mondiale a été supprimée en 1952, et une autre, créée en 2006, a été annulée par une loi de 2010, les cartes déjà délivrées cessant d'être valides début 2011 (legislation.gov.uk). Le gouvernement de Keir Starmer a relancé l'idée en septembre 2025, sous forme numérique : « Digital ID will be mandatory for Right to Work checks by the end of the Parliament », l'identité numérique sera obligatoire pour vérifier le droit au travail d'ici la fin de la législature (gov.uk). Une pétition contre le projet a recueilli près de 3 millions de signatures (Parlement britannique).

La suite a été une suite de reculs. En janvier 2026, le gouvernement renonce au caractère obligatoire (Reuters, via The Star). La consultation lancée en mars le confirme : « There will be no legal obligation for people to have or present the digital ID », personne ne sera légalement tenu d'avoir ou de présenter l'identité numérique (gov.uk). En mai, le discours du Trône annonce encore un projet de loi pour en poser le cadre (gov.uk). Mais en juillet, Andy Burnham, élu à la tête du Parti travailliste, succède à Keir Starmer, et son gouvernement annonce dès le 21 juillet l'annulation du programme, dont le coût, estimé à 1,8 milliard de livres, sert à financer une baisse de la TVA sur l'électricité (gov.uk). En septembre 2026, le gouvernement l'a confirmé par écrit, en réponse à une commission de la Chambre des communes : le programme national d'identité numérique ne sera pas poursuivi, et les employeurs ne seront pas tenus de faire toutes leurs vérifications du droit au travail en numérique (LexisNexis, Lisa's Law).

Les montagnes russes de l'identité numérique britannique : annonce d'une identité obligatoire pour le droit au travail en septembre 2025, abandon de l'obligation en janvier 2026, consultation en mars, projet de loi annoncé dans le discours du Trône en mai, annulation du programme par le nouveau Premier ministre en juillet, confirmée par écrit devant les Communes en septembre 2026 ; pendant ce temps, vérifications d'identité imposées aux employeurs, aux bailleurs et aux dirigeants, et 46 prestataires certifiés

Qui vérifie l'identité, alors ?

Tout le monde, ou presque, au cas par cas.

L'employeur doit vérifier le droit au travail de chaque salarié, sous peine d'une amende pouvant atteindre 60 000 livres par travailleur en situation irrégulière ; le barème part de 45 000 livres pour une première infraction et de 60 000 en cas de récidive dans les trois ans (gov.uk, code de pratique du Home Office). Depuis le 1er octobre 2026, cette obligation s'étend à certains travailleurs non salariés : sous-traitants individuels et personnes trouvant leurs missions par une plateforme (gov.uk).

Le bailleur, en Angleterre, doit vérifier que chaque locataire majeur a le droit de louer, et vérifier tout le monde : ne contrôler que ceux qu'on croit étrangers est illégal (gov.uk).

Le dirigeant de société doit désormais faire vérifier son identité auprès de Companies House, comme nous l'expliquons dans l'épisode précédent.

Pour ces vérifications, l'État s'appuie sur des prestataires certifiés d'identité numérique, encadrés depuis 2025 par une loi, le Data (Use and Access) Act. En juillet 2026, leur registre comptait 46 prestataires proposant 64 services certifiés (gov.uk). Leur usage reste facultatif pour les employeurs et les bailleurs : la vérification manuelle d'un document original, dont on garde une copie, reste admise.

Que dit le régulateur des données personnelles ?

L'ICO, l'équivalent britannique de la CNIL, applique le principe de minimisation du RGPD britannique, qui veut que l'on ne collecte que les données nécessaires. Pour une demande d'accès à ses données, l'organisme doit être « reasonable and proportionate » dans ce qu'il demande, et ne réclamer une pièce d'identité que si c'est nécessaire (ICO). Nous n'avons pas trouvé de recommandation de l'ICO consacrée spécifiquement aux copies de passeport. Le paradoxe est là : la réglementation du droit au travail impose de conserver une copie du document pendant toute la durée de l'emploi et deux ans après (gov.uk), pendant que le droit des données personnelles invite à en collecter le moins possible.

La France vit la même tension, à une différence près : la carte nationale d'identité y existe, sans être obligatoire, et l'État y recommande de filigraner les copies qu'on envoie (voir Filigraner sa pièce d'identité).

Et la facture électronique ?

Le Royaume-Uni arrive après la France. En novembre 2025, le gouvernement a annoncé que « the UK will introduce mandatory e-invoicing for all VAT invoices from 2029 », la facture électronique deviendra obligatoire pour toutes les factures soumises à la TVA à partir de 2029 (gov.uk). Les entreprises non assujetties à la TVA ne sont pas concernées, le modèle sera décentralisé, sans plateforme publique, et la transmission des données au fisc en temps réel n'est pas prévue à cette date. En juin 2026, le gouvernement a confirmé que le réseau Peppol serait le réseau central d'échange des factures électroniques au Royaume-Uni (gov.uk). Le format exact et un éventuel calendrier par taille d'entreprise restent à fixer.

En attendant, le fisc britannique numérise autrement : avec Making Tax Digital, les indépendants et les bailleurs dont les revenus d'activité et fonciers dépassent 50 000 livres doivent, depuis avril 2026, tenir leurs comptes avec un logiciel et transmettre une déclaration chaque trimestre ; le seuil baissera à 30 000 livres en 2027 puis à 20 000 en 2028 (gov.uk). Plus de 860 000 indépendants et bailleurs étaient concernés dès la première année (gov.uk), et en août 2026, plus de 436 000 avaient déposé leur première déclaration trimestrielle (gov.uk).

En France, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026, et les PME devront en émettre en septembre 2027, avec transmission de données au fisc (voir Facturer dès le premier client). Sur ce point, la France a environ deux ans d'avance.

Deux calendriers de la facture électronique : en France, réception par toutes les entreprises et émission par les grandes entreprises et ETI en septembre 2026, émission par les PME et micro-entreprises en septembre 2027 ; au Royaume-Uni, déclarations trimestrielles Making Tax Digital à partir d'avril 2026 au-delà de 50 000 livres, puis 30 000 en 2027 et 20 000 en 2028, et facture électronique obligatoire en 2029

Que peut en retenir un entrepreneur français ?

Une vérification d'identité laisse des copies derrière elle. Que ce soit chez un employeur, un bailleur, une banque ou un prestataire de vérification, chaque contrôle peut produire une copie conservée ailleurs. Au Royaume-Uni, l'absence de carte nationale a multiplié ces contrôles ponctuels ; en France, ils existent aussi, pour un compte bancaire ou une domiciliation (voir Ouvrir un compte pro sans tout envoyer).

Préférez une vérification à une copie quand c'est possible. Une vérification par application, sur place ou par un prestataire certifié, transmet un résultat ; une photocopie transmet tout, pour longtemps. Quand une copie est inévitable, elle peut être réduite au nécessaire et marquée à son destinataire : Caviarder PDF retire les zones choisies (la page est reconstruite en image, sans texte récupérable), Filigrane PDF ajoute en diagonale le texte de votre choix, par exemple le nom du destinataire et l'objet, tous deux dans le navigateur ; un scan en photo se met d'abord en PDF avec JPG en PDF. Attention : certains destinataires, comme une banque, ont besoin de voir le document entier ; on ne masque que ce qui n'est pas exigé.

PDFKami ne vérifie pas d'identité et ne remplace pas un prestataire certifié ; il sert à préparer les copies qu'on doit envoyer sans les téléverser sur un service tiers.

Lexique

Right to Work : obligation pour un employeur britannique de vérifier que son salarié a le droit de travailler au Royaume-Uni.

Right to Rent : obligation pour un bailleur, en Angleterre, de vérifier que son locataire a le droit d'y louer un logement.

ICO (Information Commissioner's Office) : l'autorité britannique de protection des données personnelles.

Making Tax Digital : programme du fisc britannique qui impose aux indépendants et aux bailleurs une comptabilité numérique et des déclarations trimestrielles.

Peppol : réseau international, d'origine européenne, d'échange de factures électroniques entre entreprises et administrations.


Préparer une copie de pièce d'identité sans la téléverser : PDFKami, dans votre navigateur.

FAQ

Le Royaume-Uni a-t-il une carte d'identité ?

Non. Un projet d'identité numérique lancé en 2025 a perdu son caractère obligatoire, puis a été annulé en juillet 2026, ce que le gouvernement a confirmé en septembre.

Comment prouve-t-on son identité au Royaume-Uni ?

Le plus souvent avec un passeport ou un permis de conduire, présentés à l'employeur, au bailleur ou à un prestataire de vérification certifié ; pour les étrangers, le droit au travail se vérifie aussi en ligne auprès du Home Office.

Quand la facture électronique devient-elle obligatoire au Royaume-Uni ?

Le gouvernement l'a annoncée pour 2029, pour les factures soumises à la TVA entre entreprises et avec le secteur public.

La France est-elle en avance ?

Oui : la réception de factures électroniques y est obligatoire depuis septembre 2026, et l'émission le sera pour les PME en septembre 2027.

Peut-on filigraner un passeport envoyé à un employeur ?

Oui, à condition de laisser lisibles les informations qu'il doit contrôler ; le filigrane indique le destinataire et l'objet, et limite la réutilisation de la copie.

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