« Résume-moi ce contrat. » Le geste est devenu banal : on glisse un PDF dans la fenêtre d'un assistant et on obtient en dix secondes ce qui aurait pris une heure. Ce qui est moins banal, c'est de savoir ce que devient le contrat.
Cet article ne dit pas de ne pas le faire. Il dit ce que vous faites quand vous le faites, avec les pages officielles où chaque éditeur l'explique — pages qui changent souvent, d'où les dates. Et il propose un tri, parce que la réponse n'est pas la même pour un article de presse et pour une pièce de procédure.
Ce que vous faites, mécaniquement
Déposer un PDF dans un assistant, c'est :
- Téléverser le fichier sur les serveurs de l'éditeur (un convertisseur PDF fait pareil ; ici s'ajoute la suite).
- Faire lire le contenu par un modèle, en clair, pour qu'il puisse répondre.
- Créer un historique : la conversation, et souvent le fichier, sont conservés dans votre compte.
- Selon le service et vos réglages, alimenter l'amélioration des modèles avec ce contenu, et l'exposer à des relecteurs humains chargés du contrôle qualité.
Les points 1 et 2 sont inhérents au service ; ce sont les points 3 et 4 qui varient, et qui dépendent presque toujours d'une même ligne de partage : compte grand public ou compte professionnel.
La ligne de partage : gratuit et « Plus » contre Team et Entreprise
Sur les trois services, les offres professionnelles (ChatGPT Team/Enterprise, Claude Team/Enterprise et l'API, Gemini via Google Workspace) s'engagent contractuellement à ne pas utiliser vos contenus pour entraîner les modèles, et encadrent la conservation par un accord de traitement des données. C'est le point que tous les comparatifs professionnels retiennent (Intelligence Academy, Weissmann).
Sur les offres grand public — gratuites ou individuelles payantes — la règle est différente, et c'est là que se trouvent l'immense majorité des utilisateurs qui déposent des PDF. À la date du 10 septembre 2026, et sous réserve de vérification sur les pages officielles :
ChatGPT (OpenAI). Par défaut, les conversations des comptes grand public peuvent servir à améliorer les modèles ; l'utilisateur peut le désactiver dans les paramètres (« Améliorer le modèle pour tous »). L'historique est conservé dans le compte jusqu'à suppression ; les conversations supprimées sont effacées des systèmes sous trente jours sauf obligation légale. Société américaine. Pages à lire : politique de confidentialité et « How your data is used to improve model performance ».
Claude (Anthropic). Depuis septembre 2025, les utilisateurs grand public choisissent explicitement s'ils autorisent l'utilisation de leurs conversations pour l'entraînement ; ce choix conditionne la durée de conservation (plusieurs années si autorisé, trente jours pour les conversations supprimées sinon). Société américaine. Page à lire : politique de confidentialité.
Gemini (Google). Avec l'« activité dans les applications Gemini » activée — le réglage par défaut —, les conversations, fichiers compris, sont conservées dans le compte Google (dix-huit mois par défaut, réglable), peuvent être relues par des personnes et servir à améliorer les services ; Google recommande de ne pas y saisir d'informations confidentielles. Société américaine. Page à lire : Gemini Apps Privacy Hub.
Trois constantes se dégagent : les réglages par défaut sont ceux qui vous protègent le moins ; l'entraînement et la relecture humaine sont l'exception dans les offres professionnelles et la règle ou l'option par défaut dans les offres grand public ; et les trois sociétés sont américaines, ce qui place les fichiers sous le CLOUD Act quelle que soit la région de traitement. Seul Mistral, français, se distingue sur ce dernier point (Foxeet).
Ce que l'AI Act y ajoute — et n'y ajoute pas
Depuis le 2 août 2026, les obligations de transparence du règlement européen sur l'IA s'appliquent : vous devez savoir qu'une IA intervient, et un résumé ou une reformulation destinés à être publiés doivent être identifiables comme tels, sauf relecture humaine assumée. Le règlement ne dit rien, en revanche, de ce que devient votre fichier : c'est le RGPD — dont vous êtes le responsable de traitement pour les données de tiers contenues dans le document — et les conditions de l'éditeur. Nous détaillons le partage des rôles dans AI Act : ce qui s'applique depuis le 2 août 2026.
Le tri à faire avant de cliquer
Déposez sans hésiter : un article, un rapport public, une documentation, un texte que vous avez écrit et que vous accepteriez de voir publié. L'assistant y apporte une valeur réelle et le risque est nul.
Déposez sur une offre professionnelle, avec les réglages vérifiés : un document de travail interne, une analyse non publiée, un brouillon de contrat sans données de tiers. Le contrat vous couvre sur l'entraînement ; la juridiction reste ce qu'elle est.
Ne déposez pas, ou anonymisez d'abord : pièces d'identité, fiches de paie, données de santé, pièces de procédure, contrats contenant les données de clients ou de salariés, tout document couvert par un secret professionnel. Ici, le bon réflexe est d'enlever ce qui est sensible avant — et de le faire sur votre machine, pas sur un autre service en ligne.
Préparer un document avant de le confier à une IA
Le principe est le même que pour un envoi à un tiers : envoyer le moins possible, préparé chez soi.
- Ne gardez que les pages utiles avec Supprimer des pages : un contrat de trente pages dont vous voulez comprendre une clause n'a pas besoin de partir en entier.
- Caviardez les noms, montants et identifiants avant le dépôt — en supprimant réellement, pas en dessinant un rectangle : la méthode qui tient.
- Vérifiez ce que contient le fichier avec Analyser un PDF : métadonnées, pièces jointes cachées, scripts. Un PDF « propre » à l'écran peut transporter plus que sa page.
- Séparez génération et conversion. Ce que l'IA vous rend — souvent en Markdown — se met en page localement avec Markdown en PDF, sans qu'un second service ne lise le résultat.
Aucune de ces étapes ne nécessite d'envoyer le document nulle part : PDFKami exécute tout dans le navigateur, mode avion compris.